À QUELLE HEURE EST LA MESSE À SAINT RÉMY DE PROVENCE ? Imprimer Envoyer

Actes 2, 1-11 ; I Corinthiens 12, 3-13 ; Jean 20, 19-23

Fête de la Pentecôte – C

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

M

ercredi dernier, je faisais ma permanence de confession à l'église, en attendant le client, il n'y avait personne, et je n'ai d'ail­leurs vu personne, sauf un couple, mais qui ne venait pas se confesser. Cette rencontre avec ce couple m'a amené à réfléchir sur le mystère de Pentecôte. Je vous résume la situation. J'étais derrière une petite table, en aube blanche avec mon étole violette, j'avais pris en lecture le journal local du jour. Et là, d'un seul coup, un couple déboule dans l'église, fait dix, quinze pas, puis revient d'un air un peu furieux, je les entends discuter, et madame envoie son mari vers ce qui sem­blait être un prêtre dans le fond de sa chapelle. Appa­remment, je me suis permis de porter un jugement, cela avait l'air d'être de très bons chrétiens, enfin, l'image qu'on se fait parfois du "bon chrétien". Très chic, la robe écossaise, avec la petite ceinture, les cheveux bien coupés, à la mode, avec le bandeau des­sus, le petit collier assorti, les petits escarpins, le mari comme il se doit, un peu plus terne, mais obéissant aux ordres de son épouse. La question, c'est ... ni bonjour, ni autre chose "Comment se fait-il? Il n'y a pas de messe anticipée ?" - "Non monsieur, il n'y a pas de messe anticipée, nous avons les vêpres à dix-neuf heures"- "Et la messe à saint Rémy de Provence elle est à quelle heure ?" Bonne question ! Bon prince, à défaut d'être bon prêtre, je prends le téléphone et je dis que je vais me renseigner auprès de la dame de permanence, qui avait un petit peu de mal,( il faut dire qu'il y avait trente-six appels en même temps), à trou­ver la paroisse de saint Rémy de Provence. J'ai failli raccrocher en disant : je vais peut-être leur donner le numéro de la princesse de Hanovre, ex-Caroline de Monaco, qui a mis à la mode saint Rémy de Provence, ce sera peut-être plus facile de trouver son numéro dans l'annuaire que celui de la paroisse. Nous arrivons au bout de quelques minutes de recherche à trouver le numéro de la paroisse de saint Rémy de Provence. Alors, là une chose à laquelle je ne m'attendais absolument pas, elle sort son portable pour faire le numéro. Je la regardais un peu interloquer ! Elle me dit : "Je peux téléphoner dans l'église ?" - "Moi, cela ne me dérange pas, mais il y a des personnes qui prient ! Jugez !" De plus, j'étais dans d'autres pensées, parce que dans l'article du journal que je lisais et qui portait sur ce viol d'une femme par vingt jeunes à la cité à côté. Je me disais justement en lisant cet article : il manque certainement quelque chose de l'évangile dans ce qui s'est passé dans ce quartier, d'autant plus que j'avais buté sur la réflexion d'un mère qui disait : "Vous ne comprenez pas, si cette femme a transmis le sida à nos jeunes ..." On avait renversé la proposition, et je pensais qu'on était bel et bien dans un monde à l'envers. Mais, j'allais dire, le monde à l'envers il n'était pas tant dans la ZAC, on peut peut-être leur trouver des excuses, je n'en sais rien, mais il était dans mon église elle-même.

Comment se fait-il qu'il y ait un tel manque de communication ? Oui, et même, un simple manque de politesse, parce qu'on se dit "bonjour", en principe, on a un langage pour s'adresser aux gens, on n'a pas été façonnés ou éduqués d'abord pour avoir un lan­gage agressif. Le langage qui nous est donné c'est en fait pour communiquer. Mais il me semble que le grand problème de notre société actuelle, c'est juste­ment le manque de communication. Plus personne ne semble être sur la même longueur d'onde. Si même ceux qui semblent être des chrétiens bien ripolinés ne sont même plus capables de s'adresser à un prêtre et savoir pourquoi il est là, qu'en est-il de ceux qui ne sont pas de notre milieu ecclésial ? Ce défaut de communication, l'Église est certainement la première à en souffrir. Comment l'Église est-elle perçue dans le monde actuel ? Je suis sûr qu'à Rome les cardinaux s'arrachent les quelques cheveux qui leur reste sur la tête : lorsque le magistère veut communiquer, quand il veut transmettre un message, quand il veut dire la foi de l'Église, celle qui l'habite, on pond un bon texte pontifical. Honnêtement, qui lit les textes pontificaux ? Je ne vous ferai pas lever le doigt, je crains que quelques-uns d'entre vous n'en ait jamais lu, et j'avoue que personnellement, j'ai aussi du mal à suivre, il y en a tellement parfois qui sont publiés. Où est la trans­mission ? Où est la communication ? C'est vrai que l'Église baisse les bras en disant : on n'est pas écouté, on n'est pas entendu, on ne communique pas, com­ment se fait-il ? Alors, la grande invention dans l'Église de France, puisque nous avons toujours des idées, c'est de dire : nous proposons la foi. Voilà des années, que le rapport d'Agen, et ensuite la Lettre aux Catholiques de France proposaient la foi. Dernière­ment, j'étais aussi assez interloqué par une rencontre avec quelqu'un qui nous parlait de la situation de l'Église dans le monde actuel, c'était au conseil pres­bytéral, d'habitude on s'y ennuie, mais là, l'exposé était intéressant. Le prêtre qui parlait disait : la grande difficulté, à l'heure actuelle c'est qu'on ne sait pas qui a la maîtrise des connaissances. C'est vrai qu'en y réfléchissant, tout le monde, ou un grand nombre, peut avoir accès à "des" connaissances, Internet, qui n'est que le symbole de toutes les autres communica­tions, mais qui les contrôle ? Qui les donne ? Qui les transmet ? On ne le sait pas ! A qui appartient le pou­voir de la connaissance ? Je me suis fait cette ré­flexion : oui, on peut toujours proposer la foi, et l'on croit inventer la nouvelle Église dans la proposition de la foi (oh ! je me battrai pour proposer cette foi, ne vous en faites pas), mais ce n'est qu'un discours parmi d'innombrables discours, parmi la somme des connaissances ou du savoir qu'il peut avoir et si on parvient à identifier d'où vient cette proposition de la foi, celui qui la reçoit, je lui tirerai mon chapeau.

Il y a un défaut de communication très certai­nement. En somme aujourd'hui, en la fête de la Pente­côte que célébrons-nous ? Nous célébrons exactement la fête de la communication. Oui, la fête du langage, la fête des langues, la fête de l'émetteur et du récep­teur. Nous célébrons en somme le message même de l'évangile. Il nous suffit d'une nouvelle Pentecôte pour l'Église, et j'imaginais le tableau. Le dimanche de la Pentecôte l'église Saint Jean de Malte rassemble sa communauté. D'un seul coup, un grand vent violent, et puis des téléphones mobiles qui tombent sur la tête de chacun d'entre nous et qui nous mettent en com­munication, avec tous les autres mobiles de la planète, via Internet, etc ... et tout le monde s'entend dans sa langue et tout est communiqué. Oui, le feu c'est un peu dépassé, le souffle aussi, on en manque d'ailleurs !

Bref, il nous faut effectivement communiquer cet évangile. Vous allez me dire : le frère Bernard est légèrement désespéré, on le connaît, il a des hauts et des bas, en ce moment, c'est un peu l'Église et le mes­sage évangélique qui ne passent pas. Malgré tout, je me pose la question, honnêtement, et je suis parti de ma petite permanence de confession en me disant : à quoi est-ce que je sers ?

Cela dit, je prends quelque chose de plus po­sitif. J'ai eu la chance pendant six ans d'être responsa­ble du catéchuménat pour le diocèse d'Aix et d'Arles, et je vois encore souvent des catéchumènes qui se présentent à la porte de l'Église. Ces catéchumènes, ce sont des adultes qui d'un seul coup découvrent la foi et ont envie d'être chrétiens et demandent le baptême, la confirmation et l'Eucharistie. Je pense que c'est ce qu'ils demandent, mais en réalité que demandent-ils ? Je ne parle pas pour tous, surtout que j'en vois l'un ou l'autre qui est là dans notre assemblée, et il pourrait croire que je le juge, il n'en est rien, ils n'entrent pas dans ce cas de figure, mais j'en ai vu plus d'un qui demandait d'abord des valeurs, qui demandait d'abord à comprendre les commandements de l'Église, qui demandait d'abord comment agir et comment respec­ter toutes les conditions pour être chrétien. Frères et sœurs, si l'Église souvent se demande pourquoi elle a des difficultés à communiquer, j'aimerais poser cette question, mais je ne sais pas à qui parce que l'Église c'est vaste : mais qu'est-ce que l'Église veut commu­niquer ? Que veut-elle dire aujourd'hui ? Que veut-elle transmettre ? C'est vrai que l'on a façonné pen­dant des siècles des chrétiens en leur disant : il faut faire ci, il faut fait ça, c'est tel commandement, c'est telle parole, et comme cela on sera de bons chrétiens. Mais c'est tout sauf être chrétiens. Cela s'appelle du pharisaïsme. Et les pharisiens, ce sont les personnes avec lesquelles Jésus parle le plus, mais aussi avec lesquelles il se confronte le plus. Si Jésus avait voulu une Église de pharisiens le monde entier serait chré­tien, ou en tout cas, pharisien ! D'ailleurs, je suis sûr que si on propose une Église de commandements, d'agissements et de social ... ah ! pas de problèmes ! Nous aurons des tonnes de bonnes femmes à jupes à carreaux et escarpins, et leurs colliers de perles, qui viendront effectivement vous faire la leçon, pas de problèmes ! Est-ce que c'est cela l'Église de Pentecôte ? Frères et sœurs, si c'est cela l'Église de Pentecôte, je ne suis pas de cette Église, j'ai dû me tromper. La communication, retournons à la Pentecôte. C'est le don de l'Esprit, l'Esprit pourquoi? Pour qui ? et qui est l'Esprit ? Pas d'autre mot pour l'Esprit que le mot "Amour". Quand on utilise le mot "amour" pour l'Es­prit, alors peut-être qu'on comprend ce que Jésus a voulu donner, Il a voulu donner son amour, Il a voulu communiquer son amour. Et qu'est-ce qui fait agir douze pauvres hommes, enfermés, crevant de peur dans une maison ? C'est d'avoir compris qu'ils étaient aimés, et qu'ils pouvaient annoncer que les hommes étaient aimés et que ce qui sauvait c'était cet amour. Ils ne sont pas sortis en déployant les plans du Vati­can, ils ne sont pas sortis en éditant un pontifical sur la manière de célébrer, ils ne sont même pas sortis avec un évangile qu'ils auraient écrit en disant qu'il fallait appliquer à la lettre ça et ça. Ils sont sortis avec leur humanité épousée et aimée pour faire une huma­nité épousée et aimée. Et c'est l'amour ensuite qui va nous structurer et pas l'inverse. Vous comprenez que si aujourd'hui on se plaint d'être si peu nombreux parce qu'on ne sait pas communiquer notre foi chré­tienne, c'est parce qu'on ne s'intéresse qu'au squelette. Alors, c'est bien un squelette, mais on a l'impression d'être dans un laboratoire de sciences occupés à en étudier les différentes articulations. Mais l'Église c'est un Corps, c'est ce qu'a dit saint Paul dans la deuxième lecture : les charismes sont nombreux, les personnes sont différentes, mais c'est le même Esprit. Que man­que-t-il à l'Église aujourd'hui ? Mais bon sang, il lui manque du corps, il lui manque de la chair, il lui manque de la concrétude et de la réalité. La structure, c'est bien, il en faut. Mais ce n'est pas cela. Quand on voit que nos églises diocésaines en sont quasiment réduites à remplir des organigrammes et à faire porter trente-six casquettes à des prêtres pour qu'ils remplis­sent toutes les réunions possibles et inimaginables qu'on leur invente, alors qu'on ferait mieux de les laisser être dans une église éventuellement pour don­ner du temps, pour que cette Église dont on dit tou­jours : c'est nous les laïcs, le peuple sacerdotal, mais ce peuple sacerdotal cela veut dire qu'il est rempli d'amour et de l'Esprit Saint. Agissez ! Témoignez ! Remuez-vous ! N'attendez pas d'en-haut une structure, un organigramme, des propositions de la foi ! Vous l'avez la foi, elle vous appartient ! Vous avez l'Esprit Saint, c'est à vous que c'est donné ! Frères et sœurs, une Église de Pentecôte, c'est une Église qui commu­nique. Et bien, communiquons, rencontrons, donnons du temps, parlons, témoignons tout simplement.

Oui, si quelqu'un vient vous dire : "A quelle heure est la messe à saint Rémy de Provence" ? j'es­père que vous saurez lui répondre que la messe est certainement importante, mais que ce qui est premier chez les chrétiens, c'est de savoir se rencontrer, de savoir communiquer. Entre elle et moi, comme entre chacun d'entre nous il y a un cadeau, il y a un Don qu'on nous a fait. Pourquoi ne pas en parler?

 

AMEN

 

 
 
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