LE BÉNÉVOLAT Imprimer Envoyer

Philippiens 3, 17-21 ; Jean 10, 11-18

Samedi de la quatrième semaine de Pâques – C

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

D

ans notre société moderne qui se construit de plus en plus sur des valeurs économiques, des valeurs d'échanges, des valeurs monétaires, le bénévolat est toujours considéré comme de l'amateurisme. Quand on est bénévole, c'est qu'on n'est pas capable de gagner sa vie, qu'on fait comme on dit en France "un petit boulot", et qu'on s'occupe, histoire de ne pas passer la journée sans rien faire.

Aujourd'hui, s'il faut choisir on considèrera toujours que l'activité professionnelle salariée est une chose qui relève de la compétence, du savoir-faire, qui permet à l'homme d'être reconnu. Il n'y a qu'à voir la manière dont aujourd'hui les chômeurs se sentent comme déconsidérés et exclus de la société, tandis que de l'autre côté, le bénévolat, la gratuité du travail offert est considéré comme du dilettantisme, de l'occupationnel, et ne mérite qu'un petit peu de respect parce que c'est fait de bon cœur.

Quand on lit la parabole du bon pasteur, c'est exactement l'inverse. Jésus pour expliquer ce qu'il est, oppose les deux figures : la figure du berger qu'il appelle mercenaire, ou berger à gages, qui est évidemment un berger salarié et qui travaille pour gagner sa vie. Ce berger par le seul fait qu'il travaille pour gagner sa vie par conséquent, il ne gagne que sa vie. Finalement, la vie du troupeau lui importe si peu que si le loup arrive, il s'en va, il sauve sa vie, sa peau, et tant pis pour celle des brebis qui vont servir de repas au loup. A moment-là, le berger à gages, apparemment très professionnel est en réalité, un trompeur, car il laisse croire qu'à cause de son travail rémunéré il doit s'occuper du troupeau ce qui est compris dans le contrat, mais dès qu'il arrive un danger, il se sauve. Tandis que Jésus dit : chez moi, c'est éminemment bénévole. Evidemment, ce n'est pas n'importe quel bénévolat. Pour Jésus, s'occuper du troupeau cela ne peut être que gratuit, et cela ne peut être que du bénévolat divin, c'est-à-dire d'une compétence absolue, d'une générosité sans limites, sans calcul et rien ne limite les exigences de cette sollicitude du pasteur divin pour son troupeau.

Je pense que cela peut nous faire réfléchir sur la manière dont nous envisageons la vie. C'est vrai qu'habituellement maintenant, et c'est une grande différence avec la mentalité de l'Antiquité, ce qui est de l'ordre de la générosité gratuite est toujours un peu suspect, tandis que ce qui est de l'ordre du contrat réglé, à priori, est fiable. Or, ce n'est pas tout à fait la vérité. Une des raisons pour lesquelles l'Église a tellement de mal à faire entendre son message aujourd'hui, c'est que d'une certaine manière, elle ne peut pas entrer dans le système économique. Il y en a qui s'en plaignent, il y en a qui trouvent des moyens détournés, c'est-à-dire qu'on paie les travaux apostoliques ou missionnaires qui sont réalisés, mais ce n'est pas tout à fait la réalité car l'Église ne peut se situer par rapport à chacun d'entre nous que comme une entreprise d'une gratuité absolue qui offre la liberté absolue et sans conditions. Il ne peut y avoir de conditions, puisqu'il n'y a pas de contrepartie. Que voulez-vous donner comme contrepartie à un Dieu qui se donne à vous ? Il n'y en a pas. Donc, la sollicitude du berger qu'est le Christ pour son troupeau elle est sans limites et elle n'est pas rémunérable. Si l'amour de Dieu est de Dieu, c'est un amour gratuit, absolu.

C'est pourquoi aujourd'hui, quand on présente Ludovico comme on le fera à la fin de cette célébration à la prière et à l'intercession de la Vierge Marie, en le confiant au Christ, on fait un acte extraordinaire que vous avez déjà fait au moment du baptême. Vous dites à Dieu : ce qu'est Ludovico pour nous n'a pas de prix, et la seule manière dont on peut s'en occuper c'est avec la gratuité de l'amour de Dieu. En fait, heureusement encore aujourd'hui, l'éducation au sens de la responsabilité parentale et encore le seul domaine où normalement ne sont pas instaurés des règlements économiques et des contrats avec rémunérations. On parle parfois du salaire maternel, mais c'est tout à fait dérisoire, car la réalité même de la sollicitude d'un père ou d'une mère pour son enfant n'est absolument pas monnayable. Elle est absolument gratuite et bénévole au sens strict du terme, elle relève de l'unique bienveillance et de la tendresse gratuite qu'on a pour son enfant.

Frères et sœurs, qu'au moment où se clôture cette semaine qui et un peu consacrée à la méditation sur le Christ bon pasteur, que nous essayions à la lumière de cet évangile, de tout ce passage de saint jean que nous avons lu cette semaine, que nous cherchions à retrouver la racine même de ce qui fait notre salut et notre vie chrétienne, c'est-à-dire la gratuité du salut et de l'amour de Dieu tel qu'il s'est manifesté à Ludovico par son baptême, et tel qu'il s'est manifesté à chacun d'entre nous par notre propre baptême et qu'à notre tour, nous sachions les uns vis-à-vis des autres, témoigner au niveau de notre existence de chrétien, membre de la communauté chrétienne de la même générosité et de la même gratuité de notre attention et de notre service des autres.

AMEN

 

 

 
 
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