LA MAISON SUR LE ROC Imprimer Envoyer

I Timothée 1, 1-4 ; Matthieu 7, 21-29

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

e texte que nous venons d'entendre est la conclusion du discours du Seigneur qu'on appelle le sermon sur la montagne. Ce texte est très intéressant parce que, au fond, il nous invite à comprendre quel est le mode d'appartenance des dis­ciples au royaume de Dieu.

Jésus prend deux points de référence. Le pre­mier c'est de dire : "Ce ne sont pas ceux qui se sont réclamés de Moi qui appartiendront au royaume de Dieu". Le deuxième est comme l'illustration du pre­mier à travers une maison bâtie tantôt sur le roc, tan­tôt sur le sable Ces deux paroles signifient la même chose. Il s'agit de savoir si le royaume de Dieu c'est nous qui nous l'approprions en utilisant le Nom du Seigneur, ou si au contraire, radicalement le royaume de Dieu, on ne peut pas se l'approprier, c'est nous qui sommes appropriés à lui. C'est tout le problème de savoir ce qu'est la vie chrétienne.

Si la foi chrétienne est le fait de s'approprier un contenu religieux, des comportements religieux, de se construire une vision religieuse du monde, cela ne sert à rien. Il faut dire les choses carrément, cela ne sert à rien. Si l'existence chrétienne était simplement une sorte de manière qu'a l'homme de s'approprier le royaume, ce serait le plus grand contre-sens qui puisse jamais arriver.

Par contre, si l'existence c'est "vivre pour le royaume", c'est vivre fondé sur le royaume, dans une sorte de désappropriation radicale de soi-même dont la croix du Christ a été le premier moment et le mo­ment de grâce, alors l'existence chrétienne trouve son véritable sens. L'Église n'est pas pour elle-même. Le chrétien ne vit pas pour lui-même. Il vit pour le Sei­gneur et pour le royaume. Et la plupart du temps, le péché des chrétiens vient se nicher précisément dans cette incompréhension de la relation de chacun d'entre nous au royaume. La plupart du temps, nous passons notre existence à récupérer le royaume pour nous, à nous approprier le royaume, alors que la seule chose que Dieu nous demande est précisément de nous dé­sapproprier pour le royaume.

La maison ne tient que parce qu'elle est bâtie sur le roc. Ce n'est pas le rocher qui est pour la mai­son. Le rocher existe de toute façon, et la maison ne fait que prendre appui sur le roc. A partir du moment où la maison voudrait se justifier elle-même et par elle-même, elle devient effectivement une maison bâtie sur le sable, c'est-à-dire qu'à ce moment-là on a profité de la réalité que Dieu nous offrait pour la faire nôtre, pour la récupérer. C'est une sorte de redite du péché originel.

Quand le Christ annonce le royaume, il ne nous annonce pas le fait que l'homme a enfin mis la main sur la religion. La plupart du temps, c'est ainsi que nous voyons les choses et c'est terriblement faux. Lorsque le Christ rêche le royaume il nous explique que nous avons à être fondés sur un roc, non pas pour nous approprier le rocher, mais pour savoir que toute notre existence, toute notre vie dépend uniquement de cette fondation sur le rocher et doit s'appuyer sur le Rocher.

C'est exactement cela notre condition de vie actuelle, la condition de vie de l'Église. L'Église vit pour le royaume et chaque fois que nous célébrons la Pâque du Christ dans l'Eucharistie, nous ne faisons que poser le signe de cette désappropriation de nous-mêmes, par cette mort lente et progressive qui nous conduira à notre mort réelle, pour, effectivement ma­nifester notre appartenance totale au Christ, au Père, dans le Christ.

AMEN

 

 
 
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