HEUREUX CELUI QUI PRENDRA SON REPAS DANS LE ROYAUME DE DIEU Imprimer Envoyer

Apocalypse 1, 1-8+17-19 ; Luc 14, 15-24

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette phrase d'un des convives qui entendaient Jésus parler et raconter les paraboles sur la place que l'on doit prendre au repas manifeste que, pour ce convive, le repas dont il est question ici est celui de la béatitude selon cette image fréquente dans la Bible pour comparer l'éternité, le bonheur éternel à un repas de fête, à un repas de noces.

Par conséquent cette parabole de l'évangile correspond bien à ce que nous lisions tout à l'heure dans l'Apocalypse qui transporte notre regard vers l'accomplissement dans la gloire et le bonheur de Dieu. Mais devant cette exclamation du convive, Jé­sus entreprend une parabole qui ne semble pas immé­diatement se rapporter au Royaume des cieux. Il s'agit de personnes qui avaient été invitées à un grand dîner et qui se dérobent devant cette invitation pour toutes sortes de raisons, ayant acheté un champ ou ayant acheté des troupeaux ou encore venant de se marier. Et le maître de maison envoie son serviteur remplir sa demeure avec toutes sortes de pauvres, d'estropiés, d'aveugles, de boiteux et même des va-nu-pieds qu'il ramasse au bord des clôtures et le long des chemins, et même toutes sortes de gens qu'on a l'air de faire entrer presque de force pour que la maison soit rem­plie.

De quoi s'agit-il ? Au premier sens, il s'agit évidemment du peuple juif qui était invité à la noce de Dieu, au festin de Dieu, et qui s'en est détourné parce qu'il a préféré sa propre excellence, ses propres privi­lèges. Il n'a pas compris la gratuité de l'invitation de Dieu et il a cru qu'il irait soit dans le paradis, soit dans le bonheur, soit dans l'intimité de Dieu non pas en vertu de cette invitation de Dieu mais par ses propres forces, par le propre accomplissement de sa Loi qui est ici représentée par les excuses de ces invités qui se dérobent à l'invitation elle-même au nous de toutes sortes de prétextes. Jésus veut donc dire que ceux qui étaient d'abord invités n'ont pas été dignes, n'ont pas écouté cette invitation, ne se sont pas préparé le cœur en fonction de l'invitation de Dieu. Et c'est pourquoi d'autres qui n'étaient pas préparés, qui étaient estro­piés, pauvres ou boiteux, c'est-à-dire les nations païennes, remplaceront Israël au repas de Dieu. Voilà le sens premier de la parabole.

Par-delà ce problème du remplacement d'Israël par les nations, cette parabole s'adresse aussi à nous aujourd'hui. Nous aussi nous sommes invités, nous aussi nous avons été invités, dès le début de notre vie, par cette éducation chrétienne que nous avons reçue, par cette foi qui nous a été transmise et enseignée, par ces années et ces années que nous avons passées dans l'Église à nous familiariser avec Dieu et avec son message. Et peut-être, à force d'ha­bitude, parce que la foi est devenue pour nous quelque chose de tout naturel qui fait partie du décor, peut-être ne sommes-nous pas fidèles à la profondeur de cette invitation que Dieu nous adresse, à la gratuité de cette invitation. Peut-être négligeons-nous l'invitation de Dieu pour nous préoccuper de toutes sortes d'autres choses futiles, secondaires ou importantes même, mais en tout cas qui ne sont pas d'une importance suffisante pour se tenir en face de l'invitation de Dieu. Et peut-être alors devons-nous retrouver le sens de cette invitation car si Dieu envoie les serviteurs pour remplir sa maison avec des-pauvres, des estropiés, des aveugles ou même avec ces gens de rien que les ser­viteurs vont ramasser le long des chemins où ils sont là sans rien faire, (peut-être sont-ils des brigands ou des voleurs, en tout cas des gens de peu de vertu) si le maître envoie ses serviteurs ramasser tous ces pauvres peut-être devons-nous comprendre que l'invitation ne s'adresse pas à nous en vertu de nos mérites, mais que nous sommes, nous aussi, des pauvres, des aveugles, des boiteux ou des gens de peu, et que c'est comme tels que Dieu que nous invite et que c'est comme tels que nous devons prendre au sérieux cette invitation et que c'est précisément en tant que pauvres et pécheurs que nous devons comprendre l'importance et la gra­tuité de l'invitation de Dieu.

Et selon la parole du convive ceci s'applique non pas simplement à un repas de cette terre, mais aussi au repas de la béatitude, au repas du Royaume. Nous n'entrerons pas au Royaume en vertu de nos mérites, nous entrerons au Royaume en vertu de l'in­vitation gratuite que Dieu nous adresse. Sachons donc retrouver la saveur de cette invitation, sachons retrou­ver, au fond de notre cœur, le jaillissement premier de cet appel de Dieu. Sachons retrouver ce qu'il y a de gratuit et de toujours neuf dans l'invitation de Dieu à notre égard. Ne prenons pas l'habitude de Dieu, ne prenons pas l'habitude de la religion, ne nous condui­sons pas comme ces juifs que Jésus fustige à cause de cette impression qu'ils ont d'être privilégiés, mais sachons toujours que ce n'est pas en vertu de nous-même mais c'est par pure gratuité que Dieu nous ap­pelle et c'est pour cela que cet appel de Dieu est si important et que nous devons y être attentifs à chaque instant de notre vie.

 

AMEN

 

 
 
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