QUE L'ESPRIT NOUS FASSE AGIR Imprimer Envoyer

 

Galates 5, 13-25 ; Jean 15, 26-16,4

Homélie du Frère Michel MORIN

Ostie : l'usure du temps

P

uisque l'Esprit est notre vie, qu'Il nous fasse aussi agir". Jésus avait révélé à Nicodème que "ce qui est de la chair est chair", et que "ce qui est de l'Esprit est esprit". Puis, à Pierre Il avait dit, lorsque celui-ci avait confessé sa foi : "Cela ne t'a pas été révélé par la chair et le sang, mais par le Père qui est dans les cieux". Et Paul dira plus tard, dans une de ses épîtres aux corinthiens : "Ce n'est pas la chair qui hérite du Royaume".

Nous sommes séparatistes doublement, parce que nous séparons souvent en nous-mêmes ce que nous appelons la chair, le corps, la matière et l'esprit ou l'âme. Or notre personne, c'est cette âme qui est incarnée, cette chair qui est animée. Il ne faut donc pas les séparer. Il ne faut pas séparer non plus ce que nous sommes et l'Esprit Saint, car si notre nature humaine est chair, parce qu'elle est née de la chair, nous sommes aussi, déjà, spirituels, parce que par le baptê me, nous sommes nés de l'Esprit Saint.

Cependant, quand Paul dit que "ce n'est pas la chair qui hérite mais l'esprit" il faut bien comprendre cette phrase. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a dans notre être humain que la partie spirituelle qui hérite du Royaume. La partie charnelle, biologique, intellectuelle, affective, ce que Paul appelle la chair humaine, la nature humaine hérite aussi du Royaume, mais indirectement. Notre esprit, notre âme hérite du Royaume parce que l'Esprit de Dieu s'unit à notre esprit. Mais ce qui est charnel en nous participera à cet héritage. Ce qui est charnel ne peut pas directement recevoir ce qui est spirituel, mais lorsque notre âme, notre esprit reçoit l'Esprit de Dieu, puisque notre âme est unie à notre chair, c'est notre personne tout entière qui devient spirituelle. Et c'est pour cela que saint Paul dit : "Retenez-vous de toutes les convoitises charnelles." Non pas qu'il faille séparer ce que nous sommes, mais faire en sorte que l'Esprit Saint envahisse notre être tout entier, notre âme, nos facultés, notre cœur et notre corps. C'est l'homme tout entier que l'Esprit vient évangéliser et qu'Il vient, lentement, transfigurer, transformer à l'image du Fils.

Vous connaissez cette phrase suggestive de saint Augustin. Il écrivait : " Si vous n'êtes pas spirituels jusque dans votre chair, vous serez charnels jusque dans votre esprit." C'est-à-dire que ce qui est premier, ce qui est le principe de notre agir, ce n'est pas tellement ce que nous sommes, c'est l'Esprit Saint qui nous a été donné et qui doit devenir, dans notre vie spirituelle, intellectuelle, affective ou humaine, notre maître, notre guide, Celui qui va discerner pour nous, ce qu'il faut faire et ce qu'il faut éviter, celui qui va, petit à petit, spiritualiser tout ce que nous sommes et notre esprit humain a tout aussi besoin d'être spiritualisé que notre propre chair, que notre propre corps. Car ces convoitises, ces péchés que saint Paul évoquait tout à l'heure ne sont pas uniquement des péchés du corps, mais aussi des péchés du cœur et de l'esprit, comme la haine, la discorde, la jalousie. C'est tout entier que nous avons à laisser l'Esprit Saint agir en nous, pour que, tout entiers, nous puissions devenir ces "hommes nouveaux, ces hommes célestes, à l'image du Christ qui est dans la gloire", dans la gloire de l'Esprit, avec toute sa nature humaine qui est notre nature humaine.

Alors, laissez-vous mener par l'Esprit Saint. Ne vous lassez pas de vous disposer à l'action de l'Esprit Saint en vous. Cet Esprit est notre vie. Nous ne le saisissons pas, mais peu importe, puisque Lui nous saisit. Nous n'arrivons pas à le discerner souvent nous n'arrivons pas à le repérer dans notre vie, mais peu importe Lui-même repère ce qui, dans notre vie, a besoin d'être évangélisé, et Il vient, si nous lui en laissons la liberté, investir ces domaines qu'il faut encore ouvrir à l'œuvre de Dieu en nous. Que cette semaine qui nous prépare à la Pentecôte ouvre notre cœur non pas à une vision spiritualiste de l'Esprit Saint, mais à une vision profondément personnelle de cet Esprit Saint qui vient en nous, qui œuvre en nous au nom du Père, qui accomplit en nous l'œuvre du Fils, qui l'accomplit réellement. Nous sommes de très mauvais témoins de l'œuvre de Dieu en nous, très distraits par nos préoccupations même religieuses ou spirituelles. Nous nous occupons de nous-mêmes, alors que l'Esprit qui ne s'occupe que de nous, voudrait que nous puissions davantage nous ouvrir à son œuvre, pour la reconnaître. Et celui qui a commencé à reconnaître l'œuvre de l'Esprit en lui ne peut pas faire autre chose que de laisser cet Esprit Saint achever toute son œuvre. C'est une œuvre trop merveilleuse, trop intense, trop pleine de lumière et de tendresse que l'œuvre de l'Esprit en nous, et si nous en avions un tant soit peu découvert le commencement, nous serions profondément disposés à faire en sorte qu'il puisse achever en nous cette œuvre. Que l'Esprit Saint nous ouvre à l'attention à Lui-même, à son œuvre en nous pour que vraiment nous devenions comme le Christ, fils bien-aimé du Père, dans l'Esprit éternel.


AMEN

 

 

 
 
Copyright © 2014 Paroisse Saint-Jean-de-Malte. Tous droits réservés.
Joomla! est un logiciel libre sous licence GNU/GPL.