A JÉRUSALEM Imprimer Envoyer

Apocalypse 4, 1-11

Homélie du Frère Michel MORIN

 

Olympie : Grandeur déchue

C

haque événement de la vie du Christ contient en lui-même non seulement le présent de cet événement mais le passé et l'avenir. Ceci non pas en fonction de ce qui se passe mais d'abord parce que c'est le Christ Lui-même qui est l’évènement unique, définitif de l'histoire des hommes. 

Pour comprendre dans ce sens ce passage de l'évangile, il faut le situer. Le Christ vient d'arriver à Jérusalem. Il achève ainsi son pèlerinage terrestre puisqu'Il avait annoncé à ses disciples : "Montons à Jérusalem. Le Fils de l'Homme sera livré, crucifié, mais le troisième jour, Il ressuscitera !" C'est cette annonce qui va se réaliser. Le Christ vient de Jéricho. Il est entré à Jérusalem, en passant par Béthanie. C'est l'entrée triomphale où les enfants, les disciples, la foule l'acclament en proclamant qu'Il est le Roi, "Celui qui vient au nom du Seigneur", Celui que l'on bénit parce qu'Il annonce la paix, la paix du ciel, la paix pour la terre. 

       C'est immédiatement après que se situe cette lamentation de Jésus sur Jérusalem. Il passe donc de l'acclamation triomphale aux pleurs. Dans l'évangile, le Christ a pleuré à trois reprises : à ce moment-là en entrant dans sa ville, puis devant le tombeau de Lazare et en son agonie. Ces pleurs sont non pas d'abord d'ordre psychologique ou affectif comme sont souvent les nôtres, mais ils annoncent le mystère de sa mort comme de la nôtre, c'est-à-dire de sa Pâque. Et il en est bien ainsi puisqu'Il le proclame, puisqu'Il prophétise la destruction de la ville de Jérusalem parce qu'elle n'a pas accueilli le temps de la visite. 

      Le Christ entrant à Jérusalem est l'accomplissement de l'annonce prophétique dont avaient été porteurs les deux premiers grands rois, David et Salomon. David parce que le Christ vient de la "cité de David", Bethléem. C'est là que le roi David et le Christ sont nés. Et Jésus monte vers Jérusalem, la ville fondée par le roi David pour être la ville où Dieu va s'installer, installer sa gloire dans le temple et la ville où Il rassemblera toutes les tribus d'Israël. Il faut donc comprendre cette entrée de Jésus à Jérusalem comme la réalisation de l'annonce de l'entrée du roi dans sa ville. Mais plus encore le Christ entre au cœur même de Jérusalem, dans le Temple, et le temple est attaché au roi Salomon puisque c'est lui qui en a, non pas décidé, mais exécuté la construction. Et lorsque le Christ entre dans le temple de Jérusalem, Il accomplit en sa personne, en sa chair, l'entrée de l'arche d'Alliance que le roi Salomon avait disposée dans le Temple, dans le Saint des Saints au jour de la dédicace de ce Temple. Le Christ est cette arche de l'Alliance nouvelle et éternelle en qui va être manifestée la présence glorieuse de Dieu. 

       C'est ainsi qu'il faut comprendre cette entrée du Christ à Jérusalem, mais non plus dans le triomphe, non plus dans le déploiement festif, mais désormais dans la passion, dans la souffrance, dans la mort. Et si Jérusalem doit être détruite, le cœur même de Jérusalem le sera humainement aussi sur la croix du Christ en sa mort. Les prémices de la nouvelle Jérusalem, ces prémices de la présence de Dieu non plus attachée à une ville, attachée à un temple de pierre, mais désormais attachée à la présence de Dieu, à la présence du Christ dans le cœur de chaque homme, dans le cœur de l'univers tout entier. Et cela ouvre la seconde perspective, celle de l'accomplissement final qui nous est manifesté dans ce passage du livre de l'Apocalypse où sur le trône règne Dieu et où tous les hommes rassemblés viendront manifester leur allégeance à l'Agneau de Dieu qui recevra désormais tout pouvoir. 

      C'est ainsi que ce texte de l'évangile est à comprendre spirituellement, en s'appuyant sur l'évènement historique qui nous est révélé. Au début du texte de l'Apocalypse, Jean nous dit qu'il a eu "une vision", c'est-à-dire une compréhension intérieure, mystique d'un évènement réel. Et il ajoute : "On me dit : "Monte ici !" Je vis une porte ouverte, et une voix m'a appelé qui m'a dit : "Monte ici, que je te montre ce qui doit arriver par la suite. A l'instant, je tombai en extase". 

       C'est cela qui nous arrive à nous aussi, à chaque fois que la porte de l'Église s'ouvre que nous entendons la Parole de Dieu et qu'il nous est montre "ce qui doit arriver". En célébrant l'eucharistie, le Christ vient encore dans son temple, comme l'Agneau Immolé, manifestation et don de la présence glorieuse de Dieu qui sauvent tous les hommes dans le don de la chair et du sang du Christ. C'est pour cela qu'entrer dans l'Église c'est déjà entrer dans le Temple nouveau, et c'est donc tomber en extase. Et c'est dans cette extase qu'il nous faut maintenant vivre ce qui vient d'être annoncé c'est-à-dire ce que le prophète Malachie annonçait jadis :"Soudain, Il entrera dans son sanctuaire, le Seigneur que vous cherchez !" 

 

     AMEN 

 

 
 
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