PLEINEMENT HOMME, PAR AMOUR, PLEINEMENT DIEU PARCE QUE DIEU EST AMOUR Imprimer Envoyer

 

Ézéchiel 37, 12 b-14 ; Romains 8, 9-11 ; Jean 11, 1-45

Cinquième dimanche de carême – C

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Béthanie, le village de Lazare

A

lors, Jésus pleura". Frères et sœurs, cette petite phrase a beaucoup remué les chrétiens qui lisent ce récit de la résurrection de Lazare. Certains s'émerveillent de voir Jésus avec autant de tendresse, de proximité pour son ami Lazare. D'autres pensent qu'il n'est pas possible que Dieu soit atteint par des sentiments de tristesse et qu'il puisse pleurer et que par conséquent, il faut interpréter autrement ces larmes de Jésus. Je crois que cette phrase : "Jésus pleura", et celle qui est toute proche "Lazare viens dehors", nous posent un problème qui est celui de savoir comment Jésus est à la fois Dieu et homme.

Il y aurait une façon un peu simpliste d'entrevoir les choses comme si Jésus, de temps en temps agissait comme homme, se mettant à pleurer ou à frémir intérieurement, et à d'autres moments agissait comme Dieu, ressuscitant Lazare. Cette manière de voir les choses équivaudrait presque à l'hérésie de Nestorius qui considérait qu'il y avait deux personnes en Jésus : une personne humaine et une personne divine. Le Concile d'Éphèse a déclaré clairement que, s'il y avait plusieurs natures, il n'y avait qu'une seule personne, la personne du Verbe de Dieu qui s'est incarnée. Devons-nous penser avec d'autres chrétiens que quoiqu'incarné, Jésus reste tellement Dieu que sa puissance divine déborde de toutes parts, de miracle en miracle ; et devant le miracle majeur de l'évangile, celui de la résurrection de Lazare, devons-nous penser que l'humanité de Jésus est tellement subordonnée à sa divinité qu'elle disparaît presque ? Le Concile de Chalcédoine a affirmé clairement que Jésus était pleinement Dieu et pleinement homme, non pas qu'il faisait semblant d'être un homme. D'aucuns disent que Jésus a pleuré pour nous faire comprendre qu'il aimait Lazare, nous faire comprendre qu'il était aux prises avec la mort, comme si les larmes de Jésus n'étaient qu'une manière de nous expliquer ce qui se passe. Ce serait une bien mauvaise manière de concevoir l'humanité de Jésus que d'imaginer qu'il fait semblant, car à ce moment-là, sur la croix Jésus sachant qu'il va ressusciter, ses souffrances ne seraient plus qu'un mauvais moment à passer. Non, Jésus sur la croix a eu peur de la mort (Mc, 14, 34). Jésus sur la croix a eu le sentiment d'être abandonné du Père (Mc 15, 34). Jésus, à Gethsémani a demandé que cette coupe passe loin de lui (Mc 14, 36). Non, la Passion et la mort de Jésus ne sont pas une manière de faire semblant, c'est véritablement ce que Jésus a vécu à ce moment-là.

Nous sommes donc obligés, si nous voulons que l'Incarnation de Jésus ait un sens, nous sommes obligés de penser qu'il est totalement homme comme nous. C'est d'ailleurs ce que l'évangile nous dit : il est né comme nous, il a grandi comme nous, il a appris comme nous, il a mangé comme nous, il a dormi comme nous, il a été heureux comme nous, il a souffert comme nous, il est mort comme nous. Jésus s'est fait homme pour pouvoir partager tout notre itinéraire de la naissance jusqu'à la mort, pour venir y semer la présence de l'Amour divin. C'est cela l'Incarnation du Christ. Il a pris une nature humaine totalement pour y apporter la lumière divine, c'est-à-dire l'amour transcendant de Dieu car "Dieu est Amour" (I Jn 4, 8). Il est né par amour, il a vécu parmi nous par amour, il a parlé à ses disciples, et à travers eux à nous tous, par amour, il est mort par amour et l'Amour l'a ressuscité.

Jésus a vraiment vécu une vie d'homme et les pleurs de Jésus devant Lazare, ces pleurs qui sont accompagnés de ce frémissement que par deux fois, le texte nous signale, ce frémissement qui est celui de l'horreur devant la mort, devant ce drame qui est celui de la mort pour tout être humain et que Jésus a voulu vivre comme nous, ces pleurs, ces frémissements, sont la réaction réelle de Jésus pleinement homme.

Comment situer cette humanité de Jésus et sa divinité ? Je crois que la moins mauvaise approche de ce mystère nous est donnée par Paul dans l'épître aux Philippiens quand il nous dit que le Verbe, le Fils de Dieu "n'a pas gardé jalousement le rang qui l'égalait à Dieu" (Phil. 2, 6). Il est Dieu comme le Père, il est pleinement rempli de la puissance de Dieu, mais il n'a pas voulu se cramponner en quelque sorte à cette puissance divine pour l'emporter avec lui. Saint Paul dit qu'il ne s'est pas jalousement accroché au rang qui l'égalait à Dieu, mais "il s'est anéanti" (Phil. 2, 7). Anéanti, c'est-à-dire, si vous me le permettez, qu'il a mis entre parenthèses sa manière divine de vivre pour pouvoir partager en vérité notre manière humaine de vivre. Il n'a pas cessé d'être Dieu, mais il n'a pas voulu agir, parler et vivre à la manière divine, pour pouvoir vivre, parler et agir pleinement à la manière humaine comme nous.

Les pleurs de Jésus sont des vrais pleurs, Le frémissement de Jésus est un vrai frémissement et toute la vie humaine de Jésus est une vraie vie humaine, mais au cœur de cette vie humaine habite mystérieusement la présence transcendante de l'amour infini de Dieu. Dieu est amour et Jésus n'a pas cessé une seconde d'être habité par cet amour infini qui l'a conduit jusqu'à l'épreuve de la mort par amour pour nous, cet amour infini qui l'a ressuscité de la mort, parce que l'amour est plus fort que la mort. Quand il ressuscite Lazare, c'est déjà une préfiguration de sa propre résurrection et de notre résurrection à nous tous. C'est le même mystère d'amour qui a fait surgir Jésus vivant du tombeau et qui rend la vie à Lazare déjà au tombeau depuis quatre jours. C'est le même mystère d'amour qui nous rendra la vie non seulement de l'âme et du cœur, mais du corps, parce que tout ce que nous sommes est appelé à la plénitude de l'amour auprès de Dieu. De même que Jésus est sorti vivant de son tombeau, de même qu'il a fait sortir Lazare du tombeau, de même il nous fera sortir nous aussi de nos tombeaux (Éz. 37, 12-14), avec un corps vivant ressuscité pour l'éternité.

Vous le voyez, Jésus a partagé totalement notre vie et notre expérience humaine, et précisément parce qu'il l'a partagée totalement, parce que son amour l'a entièrement immergé dans notre vie, dans notre douleur, dans notre combat, dans notre péché car Jésus a pris sur lui notre péché et c'est cela qui l'a tué sur la croix. Jésus, par amour, et c'est cet Amour qui le fait Dieu, a voulu tout prendre de notre vie, tout partager et nous donner à nous aussi participation à cet Amour infini.

Que nous nous approchions du Christ avec confiance, avec certitude, avec amour. Que nous nous approchions pour nous laisser envahir par sa présence, par son mystère, par la toute puissance de l'Amour de Dieu.

AMEN

 

 

 

 
 
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