ES-TU CELUI QUI VIENS OU DEVONS-NOUS EN ATTENDRE UN AUTRE ? Imprimer Envoyer

Isaïe 35,1-10 ; Jacques 5,7-10 ; Matthieu 11,2-11

Troisième Dimanche de l'Avent – A

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

E

s-Tu Celui qui viens ou devons-nous en atten­dre un autre ?" Étrange question de la part de Jean-Baptiste, ne trouvez-vous pas ? Vous le savez si vous avez bien suivi votre catéchisme, Jean-Baptiste, on nous l'apprend et les parcours, les bons parcours ne cessent de le rappeler, est celui qui a tressailli dans le sein de sa mère pour se réjouir de cette venue de Jésus. C'était la première annonce que le Messie arrivait, que le Christ était là, et il l'a reconnu.

N'est-il pas aussi celui qui fait reconnaître à ses propres disciples que Jésus est bien le Messie attendu. L'emploi à ce niveau-là de certaines images et de mots sont lourds de sens : "Voici l'Agneau de Dieu", Celui qu'on dira enlever le péché du monde. Jean-Baptiste le désigne comme Celui qui est capable de conduire désormais les foules à sa place, car lors­que certains de ses disciples reprocheront à Jésus de baptiser, il ne fera pas obstacle à cela et il invitera ses disciples même à rejoindre Jésus.

N'est-il pas aussi celui qui justement laisse ses premiers disciples devenir les apôtres de Jésus ? Il est celui non seulement qui fait reconnaître, celui qui annonce, celui qui désigne, celui qui comprend, dans d'autres passages de l'évangile cela nous est montré, il comprend qu'il doit diminuer pour que Jésus puisse croître, qu'il doit s'effacer devant le Christ afin de Lui laisser toute la place.

N'est-il pas aussi, c'est ce que nous fêterons bientôt après Noël, celui qui va baptiser Jésus et qui va reconnaître cet Homme comme le Fils de Dieu parce que l'Esprit saint est descendu sur Lui ? Il L'a vu ainsi déjà glorifié, révélé comme Fils de Dieu.

Alors quelle étrange question : "Es-Tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?" Pourquoi Jean-Baptiste pose-t-il une telle question? Il est bien le dernier que l'on aurait imaginé disant cela. En fait il me semble qu'il faut envisager la vocation de Jean-Baptiste autrement que de la manière dont parfois nous la percevons ou nous la disons. Certes il est celui qui prépare la venue du Seigneur, il est la voix avant le Verbe, il est celui qui déjà annonce la Lumière sans déclin, mais en même temps comment se fait-il qu'il soit obligé lui-même de se demander qui est Jésus ?

Le plus grand des prophètes se demande : "qui est cet homme ? qui est le Christ ? qui en défini­tive est le Messie ?" Et c'est peut-être déjà un élément de réponse parce que sinon on pourrait aussi inter­préter cette question : "Es-Tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?" comme si Jean-Baptiste n'étant pas vraiment sûr de lui, n'ayant pas la révélation journalière, comme dans les apparitions, du Christ Lui-même lui donnant ses messages, il est obligé de se demander si le Christ, c'est bien cet homme Jésus.

Aussi il pourrait être simplement comme nous quelqu'un qui ne veut pas rater l'événement. Vous le savez, nous avons nous aussi souvent ce type de questions par rapport à telle ou telle situation, ou par rapport à telle ou telle personne : "est-il nécessaire que je la voie ? est-il nécessaire que j'aille à cette ré­union supplémentaire ? est-il nécessaire de faire telle ou telle chose ? ou même de venir à la messe ? "au cas où on nous répondrions : "oui, c'est nécessaire", on irait tout simplement pour ne pas rater l'événe­ment. Vous savez, c'est comme ces personnalités po­litiques qui parfois sont de tous les cocktails pour être sûrs qu'ils ne ratent pas l'événement en même temps que le client. Bref il nous arrive d'être mis en face d'une situation particulière où en fait nous avons peur de passer à côté des choses. Et c'est vrai que nous sommes habitués parfois à courir dans tous les sens, à aller et venir, à regarder tout ce qui se passe, en se disant : "pourvu que je sois à la mode, pourvu que je ne rate pas le dernier film, pourvu que je sois exacte­ment avec la personne qu'il faut au moment où il le faut". Et tout ça nous fait parfois oublier que le vrai événement n'est pas forcément celui que l'on croit avoir distingué ou désigné.

Jean-Baptiste se demande-t-il s'il passe à côté de l'événement de la venue du Messie ? On pourrait même dire de l'Avènement du Messie. "Événement" et "Avènement" sont d'ailleurs des mots très impor­tants pour le temps de l'Avent. L'Avent, c'est l'avè­nement, c'est aussi ce temps qui nous fait attendre l'avènement du Christ, c'est aussi ce temps qui nous fera célébrer l'événement, avènement dans Noël. Donc ce que nous faisons, nous aussi, c'est bien de nous préparer pour ne pas rater l'événement de la venue du Christ. Aussi allons-nous le célébrer puis­qu'Il est déjà venu, et ce sera notre fête de Noël. Mais vos cœurs sont disposés, puisque vous vivez un bon temps de l'Avent, vos cœurs sont disposés à l'avène­ment du Christ, c'est-à-dire à son retour à la fin des temps. Donc vous n'attendez que cela et vous ne vou­lez pas rater cet avènement.

Cela pourrait être en définitive la solution à notre question : "Es-Tu Celui qui doit venir ou de­vons-nous en attendre un autre ?" s'assurer que c'est le bon avènement. Mais tout cela insinue un doute parce que Jean-Baptiste pourrait être simplement en train d'analyser la situation en se disant : bon, Il est gentil, ce Jésus, mais il ne se passe quand même pas grand-chose, il pourrait avoir l'impression d'en avoir fait un petit peu plus que Lui. C'est pourquoi Jean-Baptiste se trouve dans une situation difficile.

Est-ce que l'attente, l'Avènement du Christ, tout ce qu'il a promis de la venue du Messie aux hommes : "Convertissez-vous, croyez à la Bonne Nouvelle, changez de vie", avec les foules qui sont venues le voir au désert, et ce que dit Jésus : "Qu'êtes-vous allés voir au désert ? un homme brillant, intelli­gent, bien habillé ?", (non, pour tout ça il faut aller à saint Jean de Malte !). "Non, vous avez été voir un homme simple", vous avez été voir quelqu'un qui mourait de faim, quelqu'un qui était en train d'annon­cer quelques paroles de conversion. Et vous vous êtes déplacés, vous êtes allés en masse, donc c'est qu'il y avait quelque chose. Et Jean-Baptiste a conscience de cela. Les foules se sont déplacées, mais maintenant que se passe-t-il ?

Il y a un renversement dans la vie de Jean-Baptiste, c'est qu'au moment où il pose cette question, il est dans une prison, il est dans la forteresse de Machéronte, et donc il ne peut plus annoncer, il est comme retenu dans cette prison, sa vocation même de prophète est arrêtée, elle tombe d'elle-même, il est incapable de préparer le chemin du Seigneur, il est désormais incapable de désigner quelqu'un, il est incapable de dire, d'annoncer, de prophétiser, au vrai sens du terme. Et il demande, par l'intermédiaire de ses disciples, les quelques-uns qui doivent lui rester fidèle, une réponse à cette question inouïe : "Es-Tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?"

Mais là d'une manière étonnante, Jésus ré­pond simplement : "Allez dire à Jean-Baptiste : les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds en­tendent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pau­vres". Et cette réponse-là devrait éclairer tout sim­plement la question que Jean-Baptiste pose. Les aveugles voient, oui Jésus a commencé à faire des guérisons, les boiteux marchent, oui l'évangile va nous raconter un certain nombre de fois tous les mira­cles que Jésus a faits, les sourds entendent, c'est bien ce que fera Jésus : "ephatha, ouvre-toi" dit-Il en ou­vrant la bouche et les oreilles à un sourd-muet pos­sédé par le démon. Et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Eh oui, l'évangile nous rapporte : "Bien­heureux les cœurs purs, bienheureux les pauvres, bienheureux les assoiffés de justice, bienheureux ceux qui sont persécutés". La Bonne Nouvelle est effecti­vement annoncée aux pauvres, et cela doit suffire à Jean-Baptiste, c'est une prophétie tirée d'Isaïe, nous l'avons entendue dans la première lecture. Jésus se contente de reprendre ce que les prophètes avaient annoncé. Au prophète, Il ne donne que la réponse du prophète.

Frères et sœurs, "Es-Tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? Jean-Baptiste a sa réponse, mais il aurait pu découvrir la réponse sans la demander à Jésus, parce que, même si Jésus n'a pas fait encore beaucoup de miracles même si Jésus n'a pas encore annoncé toute là Bonne Nouvelle, même si Jésus n'a pas encore réalisé entièrement à vue hu­maine les prophéties, Jean-Baptiste aurait pu répondre lui-même à sa question.

Pourquoi ? Tout simplement parce que Jean-Baptiste n'est pas tant celui qui doit d'abord préparer les chemins du Seigneur, Jean-Baptiste n'est pas tant celui qui doit d'abord annoncer et désigner le Messie, il n'est pas tant celui qui doit montrer ou manifester le premier la réalité de ce Jésus, vrai Dieu, vrai homme. Qu'il l'ait ou non baptisé, son privilège est autre, parce que la Bonne Nouvelle, parce que la guérison, parce que l'annonce, c'est d'abord pour lui. Il n'a pas à l'an­noncer aux autres s'il ne l'a pas d'abord comprise et vécue pour lui-même. En effet, quel est le boiteux qui marche ? quel est le sourd qui entend ? quel est l'aveugle qui voit ? c'est Jean-Baptiste d'abord. Et c'est ainsi qu'il aurait dû comprendre que la Bonne Nouvelle lui est annoncée. Et quoi justement de plus paradoxal que de faire cette expérience que dans sa prison où le jour ne vient quasiment plus comme pour un aveugle, où il n'entend que les bruits étouffés de l'extérieur comme un sourd, où il ne peut quasiment plus se déplacer comme un boiteux, que c'est désor­mais à lui que cette prophétie est dite et annoncée parce que c'est à lui qu'incombe désormais de com­prendre ce que c'est que d'être sauvé. Il ne suffit pas d'annoncer, il ne suffit pas de manifester ou de mon­trer, il s'agit d'avoir vécu cette Bonne Nouvelle. Oui, Jean-Baptiste, tu marches malgré le fait que tu sois dans ta prison, bien que tu sois enfermé, bien que tu sois dans les ténèbres, bien que tu sois empêché de marcher, entravé dans ta liberté et ta vocation de pro­phète.

Frères et sœurs, alors nous aussi nous pour­rions poser cette question : "Es-Tu Celui qui viens ou devons-nous en attendre un autre ?" Jean-Baptiste ne doit pas passer à côté de cette réalité, nous-mêmes nous n'avons pas à passer à côté de cette annonce, elle est pour nous. En effet, combien de fois nous pour­rions dire que notre vie est une prison, combien de fois pourrions-nous dire que nos yeux sont empêchés de voir, que notre liberté est comme enserrée dans un carcan impossible à briser. Et pourtant la Bonne Nou­velle du salut résonne, oui, vous voyez, oui, vous entendez, oui, vous marchez. Et c'est cela notre expé­rience de salut même si nous pourrions effectivement dans ces cas-là, dans chacune des réalités de notre vie, nous poser cette question, le prêtre en premier : "Es-Tu vraiment Celui que j'ai annoncé ou dois-je en an­noncer un autre ?"

Celui qui se met au service de ses frères dans une action caritative : "Es-Tu Celui que j'ai servi ou dois-je en aider un autre ?" Et celui qui a prié toute sa vie : "Es-Tu Celui que j'ai prié ou dois-je en contem­pler un autre ?" Ceux qui viennent de se convertir : "Es-Tu Celui que j'ai cherché ou bien est-ce que je dois en trouver un autre ?" C'est à nous, non pas en renvoyant à Jésus cette question, c'est à nous d'y ré­pondre : en quoi m'est-il donné de voir ? en quoi m'est-il donné d'entendre ? en quoi m'est-il donné de marcher ? en quoi les morts ressuscitent ? pour moi, en quoi je suis capable d'annoncer, parce que je l'ai entendue, la Bonne Nouvelle du salut ? Si je n'ai pas cette conscience d'être sauvé, comment je puis le vi­vre et l'annoncer ?

Ainsi donc si, comme Jean-Baptiste, nous ne voulons pas passer à côté de l'Evénement, Avènement du Christ, il faut qu'en nous cet Avènement soit ré­alisé, cet évènement soit réalité.

 

AMEN

 

 
 
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